Réflexions sur mon frère, le temps et la création
Pendant de nombreuses années, j’ai cherché à comprendre quelle était ma place auprès de mon frère.
Comme beaucoup de familles confrontées au handicap, j’ai cherché des solutions, des explications, des institutions, des diagnostics, des thérapies et des structures. Certaines ont aidé. Beaucoup n’ont pas aidé.
Avec le temps, j’ai compris que la véritable question n’était pas de savoir comment changer mon frère.
La question était de savoir comment lui permettre d’exister pleinement.
À mesure que ma propre pratique artistique se développait, je revenais sans cesse à l’histoire de Michel-Ange.
À propos du David, il expliquait que la sculpture existait déjà dans le bloc de marbre. Son travail consistait simplement à retirer ce qui empêchait sa présence d’apparaître.
Je pense souvent à cette image.
Non pas parce que je crois que mon frère doit devenir quelqu’un d’autre, mais parce que je crois que chaque être humain porte en lui une forme invisible qui attend d’émerger.


Mon rôle n’est pas de créer Hengtong.
Mon rôle est d’aider à enlever ce qui l’empêche d’être vu.
Créer des conditions.
Ouvrir des portes.
Faire de la place.
Faire confiance.
Pendant longtemps, le handicap a occupé le centre du récit autour de la vie de mon frère. Aujourd’hui, ce qui m’intéresse est tout autre.
Que se passe-t-il lorsque nous cessons de regarder les limitations pour porter notre attention sur la présence ?
Que se passe-t-il lorsque nous permettons à une personne de se développer à travers la répétition, l’observation, le geste, le silence et le temps ?
Que se passe-t-il lorsque l’art cesse d’être une profession pour devenir une manière d’habiter le monde ?
Ce projet n’est pas seulement celui d’un artiste.
C’est aussi l’exploration d’une autre manière de vivre.
Je ne vois pas les années à venir comme un fardeau à porter.
Je les vois comme une œuvre à construire ensemble.
Si j’ai la chance d’accompagner mon frère jusqu’au dernier jour de sa vie, alors je souhaite le faire avec créativité, attention et dignité.
Peut-être est-ce là aussi une pratique artistique.
Non pas l’art de produire des objets.
Mais l’art de créer les conditions dans lesquelles un être humain peut se déployer.
En ce sens, ce projet appartient autant à la vie qu’à l’art.
Et peut-être les deux n’ont-ils jamais réellement été séparés.
Si Michel-Ange retirait la pierre pour révéler le David, alors peut-être que mon rôle consiste simplement à retirer les obstacles qui empêchent Hengtong d’apparaître au monde.
